La malnutrition et le vieillissement

S’alimenter est un acte essentiel à la vie dont on sait maintenant qu’il est aussi un élément clé du vieillissement réussi. Après 70 ans, le risque majeur n’est plus l’obésité ou toutes les maladies dites de surcharge, mais la malnutrition protéino-énergétique (MPE) ou dénutrition.

La malnutrition chez les personnes âgées

La malnutrition est un problème assez courant chez les personnes âgées en raison d’une mauvaise alimentation. En d’autres termes, il est courant que les personnes âgées consomment des quantités de nutriments inférieures à celles nécessaires pour maintenir leur propre santé. Dans une moindre mesure, cela arrive aussi à cause d’un vieillissement malsain qui endommage le métabolisme.

La malnutrition associée à d’autres complications de santé est l’une des principales causes d’hospitalisation et/ou de décès des personnes âgées. C’est pourquoi cette question est si importante et récurrente.

Les principales raisons, outre le fait qu’elles sont économiques, qui ont un impact négatif sur l’alimentation sont les changements fonctionnels liés à l’âge : modification des habitudes alimentaires, impact très important sur la mobilité, problèmes de vision, diminution des sens de l’odorat et du goût.

D’autres problèmes courants liés à l’âge, comme le diabète, le compromis cognitif (même s’il est léger), entre autres, aggravent les éventuels cas de malnutrition. En effet, certains médicaments peuvent avoir des effets secondaires tels que des nausées, une diminution de l’appétit, etc. En outre, elles peuvent entraîner des hospitalisations.

Enfin, l’isolement social contribue également à une mauvaise alimentation, car il est fréquent que les personnes seules cessent de cuisiner juste pour elles-mêmes. Ils optent pour des solutions alimentaires plus simples, comme les aliments préparés (qui sont généralement pauvres sur le plan nutritionnel).

La dénutrition 

Les besoins nutritionnels ne sont pas diminués chez les personnes âgées, car les nutriments sont moins efficacement utilisés. Au contraire, sans manger plus, on doit manger mieux pour mieux vieillir.

On ne peut pas parler de prévention nutritionnelle ou de dénutrition sans aborder le rôle pivot du repas, à la fois comme temps fort qui rythme la journée et comme le meilleur moyen de prévention quand les conditions sont adaptées. Ce qui veut dire que la capacité à faire ses courses est intacte, que le plaisir de manger persiste si l’on ne mange pas seul sur un coin de table, que l’on peut préparer ses repas, ou être aidé à le faire. Car l’alimentation a une valeur symbolique et un rôle de communication. Et tout doit être mis en œuvre pour que les apports oraux et le plaisir de manger soient préservés.

Qu’est-ce que la dénutrition ? C’est une balance négative entre les besoins et les apports qui entrainent une perte de poids. Le mécanisme d’entrée dans la dénutrition peut donc être soit une insuffisance d’apports, y compris par des régimes restrictifs abusifs et/ou une pathologie iatrogène, soit une augmentation des besoins en raison d’une ou plusieurs pathologies qui sollicitent fortement les ressources énergétiques de l’organisme. L’hyper catabolisme, à l’origine d’une augmentation des besoins, est déclenché lors de toute maladie infectieuse, d’une destruction tissulaire (infarctus, accident vasculaire cérébral) ou d’une réparation tissulaire lors de fracture ou d’escarres.

En l’absence d’augmentation des apports alimentaires les nutriments sont prélevés sur les réserves de l’organisme : les acides aminés sont obtenus par la protéolyse musculaire, le calcium par la lyse osseuse, le glucose par stimulation de la néoglucogenèse et les acides gras par lyse adipocytaire. Or l’apport alimentaire spontané est encore limité par le rôle anorexigène propre de la sécrétion des cytokines lors des syndromes inflammatoires (Ferry et al., 2007).

Les conséquences de la dénutrition sont importantes puisqu’elle est à l’origine d’une diminution des défenses anti-infectieuses, d’une accélération de la perte de masse musculaire et osseuse, donc d’une augmentation du risque de chutes et de fractures, le tout concourant à une perte d’autonomie.

La dénutrition a enfin une valeur pronostique. A domicile, la survie à cinq ans est inversement proportionnelle au taux d’albumine sérique, reflet de l’état nutritionnel (Klonoff-Cohen et al., 1992). Et pour les sujets hospitalisés, la présence d’une dénutrition est la cause d’une augmentation de la morbidité et de la mortalité.

Les bases nutritionnelles pour “mieux vieillir”

Les modifications métaboliques liées au vieillissement demandent une alimentation suffisante en protéines de bonne valeur biologique, y compris en protéines animales (œufs, poissons, viande), les sucres nécessaires au métabolisme énergétique, sans accroître la relative résistance à l’insuline, les légumes et les fruits pour leur apport en vitamines et minéraux (en particulier anti-oxydants), mais aussi pour leur richesse en fibres, et des produits laitiers, riches en calcium, en protéines, en vitamine D, mais aussi en acides gras essentiels, comme le sont certaines huiles végétales avec des oméga 3.

Il faut distinguer dans ce domaine le cas du sujet sain et celui du sujet malade :

  • chez le sujet sain, l’alimentation doit être suffisante et équilibrée pour prévenir les carences ou sub-carences alimentaires, donc retarder le processus du vieillissement, et éviter l’apparition de maladies ;
  • chez le sujet âgé malade, les besoins sont accrus, souvent sans augmentation parallèle de l’alimentation, ce qui conduit alors à une diminution d’une partie des réserves nutritionnelles et à une fragilisation accrue. Dans ce cas l’alimentation est un véritable soin.

La surveillance des apports doit être attentive pour compenser toute insuffisance par rapport aux besoins. L’un des moyens simple et accessible est la visite du frigo. Un frigo vide ou des aliments périmés sont le signe d’une dénutrition qui se constitue.

Un apport alimentaire quotidien inférieur à 1500 à 1600 kcal/j ne permet pas d’atteindre un statut optimal en vitamines et minéraux. Statut qu’il faut pourtant préserver quand on sait qu’un statut optimal en oligo-éléments et vitamines participe à :

  • combattre le stress oxydant : avec le sélénium, dont les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) ont été relevés à 80μg/j, ainsi que la vitamine C à 100 à 120mg/j et ceux en vitamine E de 20 à 50 mg/j ;
  • maintenir l’immunité (zinc, sélénium, cuivre, vitamines E et C),
  • lutter contre l’insulino-résistance qui s’installe avec l’âge et participer au maintien de la masse maigre pour le chrome, chez des sujets dont le statut très souvent déficitaire peut être accru par la conservation du goût sucré (Roussel et al., 2007) ;
  • ralentir le déclin des fonctions cognitives (sélénium, caroténoïdes, vitamine E, folates) ;
  • prévenir la perte de densité osseuse (cuivre, zinc, calcium et vitamine D, dont les apports ont été accrus à 10 à 15 μj (soit 400 à 600UI/j). Cependant l’absorption intestinale réduite et la synthèse cutanée moins efficace avec l’âge font que les déficits en vitamine D sont très importants. Il faut donc toujours penser à la supplémentation dont la dose sera à déterminer en fonction de chaque sujet.

 Enfin l’eau est le nutriment indispensable tout au long de la vie : il est nécessaire de boire régulièrement. Car la personne qui vieillit présente un déséquilibre du métabolisme de l’eau responsable d’une grande susceptibilité à la déshydratation.

Mais il est intéressant de savoir, que l’on s’hydrate en mangeant… ce que peu de gens connaissent. Un yaourt équivaut à un verre d’eau et les légumes et fruits d’été contiennent beaucoup d’eau et de vitamines, ou en acquièrent comme les pâtes, le riz, le couscous qui ne contiennent spontanément que 10% d’eau, mais près de 80% après cuisson.