La nutrition et ses effets sur le comportement social

Le comportement social dépend de la nutrition

La composition des macronutriments lors d’un repas influence la façon dont les gens prennent des décisions dans les situations sociales. Nous avons  étudié l’influence du petit déjeuner sur le comportement social en matière de prise de décision.

Les glucides sensibilisés aux “offres déloyales”

La composition des macronutriments lors d’un repas influence la façon dont les gens prennent des décisions dans les situations sociales. Nous avons étudié l’influence du petit déjeuner sur le comportement social en matière de prise de décision. Les participants qui mangeaient plus de glucides et moins de protéines au petit-déjeuner avaient tendance à rejeter l’injustice. Ils ont réagi de manière plus sensible aux “offres injustes” que ceux qui ont pris un petit déjeuner plus riche en protéines. Que pourraient signifier ces constatations sur les petits déjeuners déséquilibrés pour l’offre alimentaire dans les crèches, les écoles et les cantines ?

Les macronutriments, c’est-à-dire les hydrates de carbone, les graisses et les protéines, sont des composants des aliments dont l’organisme tire son énergie. La composition de ces éléments varie à chaque repas. La composition des macronutriments contrôle l’équilibre des acides aminés, qui à son tour détermine quelles substances messagères – c’est-à-dire les neurotransmetteurs – sont disponibles dans le cerveau. Cela est connu depuis plusieurs années. Les processus biochimiques influencent notre comportement. Jusqu’à présent, cependant, nous ne savons pas dans quelle mesure ces changements induits par l’alimentation se produisent dans les substances messagères du cerveau et s’ils modifient le comportement de manière mesurable. Afin d’aller au fond de la question, des tests de psychologie sociale, combinés à des méthodes d’analyse médicale, ont constitué le cadre de deux études consécutives visant à déterminer dans quelle mesure l’alimentation quotidienne détermine le comportement social.

Dans les deux études, le petit-déjeuner était le point central, car il est pris à jeun et les résultats ne pouvaient pas être faussés par les repas précédents. La première étude a porté sur 87 sujets. Dans cette étude en ligne, les participants ont indiqué en fin de matinée ce qu’ils avaient mangé au petit déjeuner ce matin-là. Il leur a ensuite été demandé de répondre à une “offre déloyale” d’un adversaire virtuel dans un test appelé le jeu Ultimatum (UG). L’UG, un jeu pour deux joueurs, consiste à partager une somme d’argent. Une personne fait une proposition que l’autre peut soit accepter, soit rejeter ; dans ce dernier cas, aucune des deux n’obtient quoi que ce soit. La décision est principalement liée à la question de savoir si l’offre est perçue comme “équitable” ou “injuste”. Les résultats de l’étude ont montré qu’il y avait une corrélation entre la composition en macronutriments du petit déjeuner et la réaction des personnes testées à des offres déloyales. Plus la proportion d’hydrates de carbone signalée au cours du petit déjeuner précédent est élevée, plus les personnes testées ont réagi avec sensibilité aux “offres déloyales”.

La deuxième étude confirme les résultats

Dans des conditions de laboratoire, randomisées et contrôlées, une deuxième étude a ensuite été menée avec un total de 24 sujets. Il s’agissait maintenant de saisir également l’aspect biochimique. Deux jours différents, les volontaires ont reçu un petit déjeuner avec une très forte teneur en glucides de 80 % (10 % de protéines, 10 % de graisses) et, dans l’autre cas, un petit déjeuner avec la même teneur en calories et une composition en macronutriments conforme aux recommandations de la Société allemande de nutrition : 50 % de glucides, 25 % de protéines et 25 % de graisses. Trois heures après avoir pris le petit déjeuner, divers tests neurocognitifs ont été effectués, dont le jeu Ultimatum. Les chercheurs ont ensuite utilisé des tests sanguins pour déterminer les paramètres métaboliques et hormonaux pertinents. L’étude en laboratoire a confirmé les résultats de la première étude : Selon la quantité de glucides dans leur petit déjeuner, les personnes testées ont réagi différemment aux offres déloyales. Après un petit déjeuner à forte teneur en glucides, les personnes testées étaient beaucoup plus sensibles aux offres déloyales que dans la condition de test avec une composition équilibrée en macronutriments.

Le taux de glycémie mesuré après le repas ne semble pas jouer de rôle. Seul le profil modifié des acides aminés neutres circulant (grands acides aminés neutres/acides aminés neutres longs, LNAA) après le repas pourrait expliquer le comportement décisionnel modifié des sujets. “Cela nous a permis de prédire de manière fiable le comportement d’équité des sujets de test dans les modèles statistiques”, souligne Schmid. Plus la teneur en glucides est élevée et donc plus la teneur en protéines est faible, plus le taux de tyrosine dans le sang des personnes testées est faible. À son tour, la concentration de tyrosine dans le sang suggère la concentration du neurotransmetteur dopamine dans le cerveau.

Quelle est la valeur d’application des résultats de l’étude dans la pratique ?

Ces résultats de la recherche interdisciplinaire montrent des approches claires de “l’application dans la pratique” et soulèvent des questions très pratiques pour la vie quotidienne : “Si nous pouvons déduire qu’un rapport extrêmement déséquilibré entre les glucides et les protéines dans un repas influence directement le comportement, alors il faut accorder plus de poids au thème de “l’équilibre de la composition des aliments”. Qu’il s’agisse de régimes alimentaires tels que les “low carb”, qui nécessitent une teneur en glucides fortement réduite, ou de repas à la cantine et à l’école, qui sont encore souvent riches en glucides, les repas doivent être mis à l’épreuve, ce qui rend indispensable la poursuite des études dans ce domaine scientifique passionnant et interdisciplinaire.